11/25/2016

Shati' Tea and Falafel Shop, Gaza

While some Israeli Facebook pages--according to the newspaper, Le Monde--blame a so-called Palestinian "intifada of flames for  the recent devastating forest fires taking place far to the north of Shati' Tea and Falafel Shop, blaming Palestininian-Israeli Arabes in Nazareth and Haïfa' let's focus--as my Saudi students of English used to say--on more interesting culture...Gabriele D'Annuzio

Interesting read in Le Figaro Litteraire jeudi 24 novembre, 2016
http://www.lefigaro.fr/livres/2016/11/24/03005-20161124ARTFIG00048-gabriele-d-annunzio-l-homme-qui-inspira-malraux.php


L'homme qui inspira Malraux
L'essayiste italien montre ce que l'auteur
de «La Condition humaine» doit à Gabriele D'Annunzio.
PAR MAURIZIO SERRA
Écrivain et diplomate italien, Mau­rizio Serra est l'auteur de sept li­vn s, dont des biographies de Cur­zio Malaparte et Italo Svevo. En

, 2008, il a publié à La Table Ronde une passionnante étude intitulée Les Frères séparés. Drieu La Rochel­le, Aragon, Malraux face à l'Histoi­re. Alors qu'il prépare une biogra­phie de Gabriele D'Annunzio, nous lui avons demandé d'évoquer la place qu'occupa l'écrivain italien dans la vie de Malraux.

LE JEUNE MALRAUX s'est attaqué à son aîné Ga­briele D'Annunzio (1863- 1938) avec la même éner­gie qu'il employa à piller
les temples khmers. Cela aurait ré­joui l'intéressé, qui adorait ces em­prunts entre confrères sachant «voler» (dans les deux sens du ter­me!) à la même altitude, et qui était lui-même un plagiaire sériel, animé par une force, un élan, un amour in­tarissable du lyrisme universel, qui lui faisaient «d' annWlZianiser » tout ce qu'il touchait: du Bhagavad-Gita à Catulle, Dante et Victor Hugo, jus­qu'aux lettres dictées au front par ses frères inconnus des tranchées.

Celui qui annonçait à Clara: «Je finirai bien par être D'Annunzio! » a largement tenu son pari. Ne lisant -pas Iatangne de sorrrnotlêle, malgr une grand-mère italienne, il s'est basé sur les traductions qu'André Doderet, auteur non inoubliable de Sérénade sanglante et À quoi rêvent les vieilles filles?, avait honnête­ment fournies dans les années 1920, sous la direction du maître, des chefs-d'œuvre de D'Annunzio en­tre l'exil français (1910-1915) et la guerre: Contemplation de la mort, La Léda sans çygne, Envoi à la Fran­ce, La Torche sous le boisseau. Et, bien entendu, Nocturne, le journal de la perte de son œil droit (pour fait de guerre) et de sa cécité provi­soire, dont nous retrouverons le ton abrupt et élégiaque jusque dans Le Miroir des limbes. En revanche, dans L'Espoir il a repris la descrip­tion des funérailles de l'aviateur sur la colline, à la fin de Forse che sifor­se che no (191O),le dernier roman de. D'Annunzio, officiellement traduit par une Donatella Cross qui était une de ses innombrables maîtres­ses, Nathalie de Goloubeff, en fait par l'auteur lui-même assisté de l'écrivain Charles Müller, mort pour la France en 1914.

Se sont-ils connus? Selon Philip­pe Juillan, auteur dans les an­nées 1970 d'une biographie très in­ventive du poète, Malraux lui déclara qu'il fut convié au début de la Grande Guerre à une réunion dans un hôtel des Champs- Élysées.
D'Annunzio était là « en uniforme», alors qu'il ne s'engagera volontaire, à cinquante-deux ans, qu'à son re­tour en Italie (en 1915). André avait­alors moins de quatorze ans.

À peine plus âgé, quarante ans plus tôt, Gabriele avait publié son premier recueil de (mauvais) poè­mes. Malheureusement, il ne reste aucune trace de cette rencontre prémonitoire dans les carnets d'an­nunziens, qui sont très détaillés à cette époque, à commencer par ses entrevues avec Montesquiou, Bar­rès et Debussy. Il empile les boîtes de sardines, de crainte que les bou­chers lui servent du rat dans le Paris assiégé de 1914, comme en 1870. Il . cherche à mettre à l'abri son chenil de lévriers de course, dont deux ou trois finiront à Philippe Pétain, qui allait prendre sa retraite. Au géné­ral Gallieni d'origine lombarde qui lui parle en patois milanais (trois mots, n'exagérons pas), il répond: «Je donnerais tous mes livres pour agir comme vous! » Il va se recueillir sur la sépulture de Péguy, qui avait éreinté son décadentisme dans les Cahiers de la Quinzaine, quelques jours avant que le traducteur alle­mand du poète français, le symbo­liste Ernst Stadler, tombe à son tour au champ d'honneur. «Hideuse Europe, qui détruit tes meilleurs
                       

"Ne lisant pas la langue

de son modèle, Malraux

s'est basé sur les traductions qu'André Doderet avait fournies dans les années 1920 des chefs d'œuvre
de D'Annunzio"
MAURIZIO SERRA
JEAN-CHRISTOPHE MARMARA/LE FIGARO

fils ... » N'est-ce pas actuel? Dans les salons du Faubourg Saint-Ger­main et chez Anne de Noailles, il manque à plusieurs reprises l'occa­sion de croiser Proust qu'il ne com­prendra jamais (à quoi bon recher­cherle temps s'il est perdu? C'est vivre qu'il faut...): une fois c'est l'asthme de l'un, la suivante un rendez-vous galant de l'autre. Bref, a-t-il rencontré également ce Ma­lraux en culottes courtes? Pourquoi pas, après tout? Tout est possible à l'homme qui ira pérorer la cause de Dimitrov, l'instigateur présumé de l'incendie du Reichstag, auprès d'un Goebbels qui ne s'en est même pas rendu compte, et recueillera les confidences de Staline, qu'il a vu seulement de loin sur la place Rou­ge; sans oublier ses entretiens avec Mao, qui occupent des pages et des
pages des Antimémoires, l'équiva­lent d'une petite demi-heure, temps de la traduction compris, se­lon le compte rendu officiel.
Et puis, bien sûr, l'aviation est le nouveau mythe qui les unira. Sans avoir passé son brevet de pilote (il n'a même pas son permis de conduire), D'Annunzio, obsédé par la vitesse, saluant «le vent rapide de la modernité», plane sur tous les fronts de guerre et y risque vingt fois sa vie. Il est observateur au dé­but du conflit, commandant, trois ans plus tard, d'une escadrille de chasse à laquelle il donne le nom vénitien de «La Serenissima». Le commandant de l'Escadrille Espana s'en souviendra-t-il? On y trouve des casse-cous, dont la moitié s'im­moleront au combat et les autres

, chercheront la meilleure façon de périr après, dans des raids farami­neux Paris-Rio ou Rome- Tokyo, ou encore dans le «Noël de sang» 1920, qui, à Fiume, opposera les lé­gionnaires d'annunziens à l'armée régulière italienne. Les survivants se retrouveront, fascistes ou résis­tants, dans la nouvelle guerre mon­diale. D'Annunzio, mort et embau­mé entre-temps, fils malgré tout de l'Europe libérale du XIXe siècle, aurait eu du mal à concevoir Aus­chwitz et le Goulag. Son cadet était mieux équipé pour le faire.

Dans la solitude carcérale du Vit­toriale, son palais de dix-sept ans d adieux sur le lac de Garde (1921- 1938), le poète ex-condottiere s'ex­clame encore à l'adresse de sa se­conde patrie, qui l'a tant déçu: «Vive la France, quand même et malgré tout!» D'Annunzio, qui dé­daigne ses contemporains, lira pourtant attentivement La Condi­tion humaine, que l'auteur ou l'édi­teur lui feront parvenir peu après sa parution. Mais l'époque est désor­mais lointaine, il fut un auteur choyé par ses pairs français. L'inep­te amalgame avec ce fascisme qu'il déteste, tout en s'inclinant à son emprise, l'a éloigné à jama'is de la Ville Lumière, où il ne remettra plus les pieds. Il ne gardera comme lien que les hommages onctueux de Va­léry (qui le moque, derrière son dos, dans les milieux de la NRF) ,la dévo­tion de l'insurgé Suarès ou celle de Montherlant, qui lui doit un titre (Le paradis à l'ombre des épées) et une autre belle ration d'emprunts, du Songe à La Reine morte et Malatesta.

Je n'ai trouvé aucune mention explicite de D'Annunzio dans le Malraux de la maturité, ce qui a autorisé la plupart des exégètes à oublier, comme lui, qu'Il-fut l'un de ses précurseurs. Prudence de mi­nistre? Ils eurent, J'un et l'autre, leur (non nfisérable) petit tas de se­crets, mais également une vie bien remplie et une œuvre qui restera. C'est ce qui compte .•

L

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