4/30/2016

Café Maldaner, 68187 Wiesbaden "Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l'avenir des miens"

I cite again Kamel Daoud's letter withdrawing himself from journalistic comments after the harsh reply of 12-or-so sociologues at French universities who accused him of "islamophobia" after his letter in Le Monde regarding  the Saint Sylvestre-New Year's harrassment of women in Cologne.

Perhaps I was thinking, while I look for jobs in Germany and visiting this Café in Wiesbaden, how ironic it is that Adam Shatz writes from New York, of Woody Allen's "Cafe Society" fame. 
Le sort de la femme est lié à mon avenir,
  à l'avenir des miens  »
PAR KAMEL DAOUD
c
her ami, j'ai lu avec attention ta lettre, bien sûr. Elle m'a touché par sa générosité et sa lucidité.

Etrangement, ton propos est venu con­forter la décision que j'ai prise au cours des derniers jours. J'y ai surtout retenu l'expression de ton amitié tendre et complice malgré l'inquiétude. je vou­drais cependant répondre.

rai longtemps écrit avec le même es­prit qui ne s'encombre pas des avis d'autrui quand ils sont dominants. Cela m'a donné une liberté de ton, un style peut-être mais aussi une liberté qui était insolence et irresponsabilité ou audace. Ou même naïveté. Certains aimaient cela, d'autres ne pouvaient l'accepter. J'ai taquiné les radicalités et essayé de défendre ma liberté face aux clichés dont j'avais horreur.

J'ai essayé aussi de penser. Par l'article de presse ou la littérature. Pas seule­ment parce que je voulais réussir mais aussi parce que j'avais la terreur de vivre une vie sans sens. Le journalisme, en Al­gérie, durant les années dures m'avait assuré de vivre la métaphore de l'écrit,le mythe de l'expérience,

rai donc écrit souvent, trop, avec fu­reur, colère et amusement. J'ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d'autres grandes questions qui peuvent nous mener à la prise de consciente, à l'abdication ou à l'intégrisme, selon nos buts dans la vie. Sauf qu'aujourd'hui, avec le succès médiatique, j'ai fini par comprendre deux ou trois choses.

D'abord que nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n'est pas d'un côté, on est de l'autre; le texte sur «Cologne» j'en avais écrit une par­tie, celle sur la femme, il y a des années. A l'époque, cela n'a fait réagir personne ou si peu. Aujourd'hui, les temps ont changé: des crispations poussent à in­terpréter et l'interprétation pousse au procès. J'avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur suc­cession dans le temps est donc un acci­dent et pas un acharnement de ma part. J'ai écrit poussé par la honte et la colère contre les miens et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J'y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l'on ne peut cacher sous prétexte de «charité culturelle».

je suis écrivain et je n'écris pas des thè­ses d'universitaire. C'est une émotion aussi. Que des universitaires pétition­nent contre moi aujourd'hui, à cause de ce texte, je trouve cela immoral: parce qu'ils ne vivent pas ma chair ni ma terre, et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me pronon­cent coupable d'islamophobie depuis des capitales occidentales et leurs ter­rasses de café où règnent le confort et la sécurité. Le tout servi en forme de pro­cès stalinien et avec le préjugé du spé­cialiste: je sermonne un indigène parce que je parle mieux que lui des intérêts des autres indigènes et postdécolonisés. Cela m'est intolérable comme posture. je pense que cela reste immoral de m'of­frir en pâture à la haine locale sous le

verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. je pense que c'est honteux de m'accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens. a

L'islam est une belle religion selon l'homme qui la porte, mais j'aime que les religions soient un chemin vers un dieu et qu'y résonnent les pas d'un homme qui marche. Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la consé­quence de leurs actes sur la vie d'autrui.

Cher ami, j'ai compris aussi que l'épo­que est dure. Comme autrefois l'écrivain venu du froid, aujourd'hui l'écrivain venu du monde dit «arabe» est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les mé­dias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l'avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dé­noncer. Mais je me retrouve soudaine­ment responsable de ce qui va être lu se­lon les terres et les airs. Dénoncer la thé­ocratie ambiante chez nous devient un argument d'islamophobe ailleurs.

Est-ce ma faute? En partie. Mais c'est aussi la faute de notre époque. C'est ce qui s'est passé pour la tribune sur « Colo­gne». je l'assume mais je me trouve dé­solé pour ce à quoi elle peut servir comme déni d'humanité de l'Autre. L'écrivain venu des terres d'Allah se trouve aujourd'hui au centre de sollici­tations médiatiques intolérables. je n'y peux rien mais je peux m'en soustraire: par la prudence, comme je l'ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais.

je vais donc m'occuper de littérature et, en cela, tu as raison. J'arrête le journa­lisme sous peu. je vais aller écouter des arbres ou des cœurs. Lire. Restaurer en moi la confiance et la quiétude. Explo­rer. Non pas abdiquer, mais aller plus loin que le jeu de vagues et des médias. je me résous à creuser et non déclamer.

J'ai pour ma terre l'affection du désen­chanté. Un amour secret et fort. Une passion. J'aime les miens .et les cieux que j'essaye de déchiffrer dans les livres et avec l'œil la nuit. je rêve de puissance, de souveraineté pour les miens, de cons­cience et de partage. Cela me déçoit de ne pas vivre ce rêve. Cela me met en co­lère ou me pousse au châtiment amou­reux. je ne hais pas les miens, ni l'homme en l'autre. je n'insulte pas les raisons d'autrui. Mais j'exerce mon droit d'être libre. Ce droit a été mal interprété, sollicité, malmené ou jugé. Aujourd'hui, je veux aussi la liberté de faire autre chose. Mille excuses si j'ai déçu, un mo­ment, ton amitié cher Adam.

Et si je rends publique cette lettre aujourd'hui, c'est parce qu'elle s'adresse aux gens affectueux de bonne foi comme toi.Et surtout à toi. •
                        Created by Readiris, Copyright IRIS 2009
Created by Readiris, Copyright IRIS 2009
un écrivain /1 est lauréat du prix
du premier roman                pour« Meursoui',
(OI")trE'-f'11n1J!PtP " (Actes Sud, 2014)

                        Created by Readiris, Copyright IRIS 2009
Created by Readiris, Copyright IRIS 2009

4/23/2016

Cafe de Flore شنفراء

Je commente ici sur un peut être curieux tournant de Philippe Lancon dans son lit d'hopital ou il se remet toujours après les attentats 7 février 2014 a Charlie Hebdo.

Avec tout les discours sages sur le "siècle des lumières" voila cette citation de L de Jaucourt qui loue la pudeur, exactement comme les salafistes et la jeune génération de musulmans  en France le font aujourd'hui.

Intéressant ceci, en particulier: "Mais porter le foulard n'est pas porter le voile, et porter l'un ou l'autre dans un pays comme les États¬Unis, où l'on n'est pas sommé de justifier politique¬ment son mode de vie, n'a pas le même sens que le porter ici. Les femmes à voile hexagonales sont, de ce point de vue, beaucoup plus françaises qu'elles ne croient: elles politisent tout ce qu'elles portent; et, si elles ne le font pas, d'autres le font pour elles."


13 avril 2016 ! CHARLIE HEBDO 1238 p.11

ATTENTAT PAR LA PUDEUR
h! La pudeur ... Ce merveilleux attribut féminin. Le troisième sein des femmes, en quelque sorte. Il naît dans les choux,

comme les enfants, ou dans les coquillages comme la Vénus de Botticelli. C'est Monsieur qui cultive les uns et ramasse les autres. j'ouvre y Encyclopédie, ce recueil du XVIII' siècle, et lis l'article consacré à un terme que certains couturiers et amis politiques des femmes à voile - à moins qu'ils ne le soient plu¬tôt de leurs maris à longue barbe, ces damnés de la coiffe) - semblent vouloir remettre sur le tapis à prières. Il a été rédigé par Louis de Jaucourt, l'un des tâcherons du grand dictionnaire.
Voici le début: "C'est IHle honte naturelle, sage et honnête. une ,-rainte secrète. !UN CHAMP DE CACTUS ET DE SUSCEPTIBILITÉS
Mais, au fait, pourquoi la femme devrait-elle seule porter cette charge et cette mission? Ladjec¬tif «naturel» le dit : à cause de la nature, voyons! La femme porte la pudeur comme elle porte les gosses, c'est dans l'ordre des choses: «L'idée de la pudeur n'est point une chimère, un préjugé populaire, une tromperie des lois et de l'éducation. Tous les peuples se sont également accordés à attacher du mépris à l'incontinence des femmes; c'est que la nature a parlé à toutes les nations.» Ce texte est vieux, dépassé bien sûr. Depuis lors, bien des philosophes et his¬toriens ont réfléchi et perturbé l'idée de pudeur. Dépassé, vraiment? Le sens de l'Histoire, comme on sait, n'est pas linéaire. Il agit en spirale et agglo¬mère aux vieilles lunes de nouvelles, qui ne le sont déjà plus au moment où elles paraissent éclipser les précédentes.
Aucun intellectuel ou ami occidental du voile pour femmes des peuples opprimés n'ose¬rait aujourd'hui défendre celui-ci au nom de la «pudeur féminine» : ils auraient trop peur de pas¬ser pour ce qu'il leur arrive d'être, de petits pères la vertu. Ils voilent le concept, si j'ose dire, avec les
mots de complexité, de respect, de misère sociale, de libre choix, de révolte. On les connaît depuis longtemps, depuis toujours: ce sont les ennemis de l'humanisme, cet ectoplasme bourgeois. Ceux à qui on ne la fait pas. Ennemis de l'humanisme, ils le sont toujours pour les meilleures raisons du monde - d'un monde meilleur, généralement, où les classes et les races seront abolies. Mais ils le sont. Les uns sont pervers et manipulateurs, les autres, naïfs et saturés de bons sentiments. Ils semblent ne pas croire aux valeurs qui leur permettent de vivre et de s'exprimer.
j'ai trop voyagé en Amérique et en Orient pour être gêné par les femmes à voile. j'ai même lu, à une époque, le texte de l'orientaliste Louis Massignon qui explique la beauté conceptuelle, les ambiguïtés et les subtilités de ce bout de tissu. j'ai une grande amie, américaine palestinienne, dont la sœur est une journaliste militante particulièrement efficace sur une chaîne indépendante du Minnesota. Elle et ses collègues dénoncent avec succès les excès de pouvoir. Elle est leur figure de proue. Elle est couverte. Cela ne gêne personne, cela ne me gêne pas. Mais porter le foulard n'est pas porter le voile, et porter l'un ou l'autre dans un pays comme les États¬Unis, où l'on n'est pas sommé de justifier politique¬ment son mode de vie, n'a pas le même sens que le porter ici. Les femmes à voile hexagonales sont, de ce point de vue, beaucoup plus françaises qu'elles ne croient: elles politisent tout ce qu'elles portent; et, si elles ne le font pas, d'autres le font pour elles.
Mais la tolérance s'applique d'abord aux phénomènes qu'on aime peu ou qu'on n'a pas envie d'expérimenter. Je n'aime pas le voile, dont les significations sont pour moi très claires, mais je l'accepte sans problème jusqu'au coin de ma rue. Je ne crois jamais avoir regardé de travers, ou même différemment, une femme qui le porte: croiser son regard me suffit. j'accepte le port du voile, mais je ne veux pas qu'on me prêche qu'il est un signe de progrès, de jeunesse, d'autonomie ou de liberté. Parlerai¬je d'aliénation, comme au bon vieux temps du marxisme? Je le ferais volontiers, mais cela aussi est devenu difficile: employer ce terme ferait de moi un bonhomme en surplomb, qui ne se croit pas aliéné et distribue ses jugements depuis le haut de son arbre. La démocratie française en est arrivée à ce point de colère, d'individuation et d'inculture où désigner. la servitude des autres ne peut plus être perçu que comme une manière de s'en exo¬nérer. Nous vivons dans un champ de cactus et de susceptibilités.
Concluons avec le brave Jaucourt. Dans la fin de son article, il mettait un peu de vin - un peu, seulement - dans son eau bénite: «Il est heureux de vivre dans nos régions tempérées, où le sexe qui a le plus d'agrément embellit la société, et où les femmes pudiques se réservant aux plaisirs d'un seul, servent encore à l'amusement de tous.» Vieux macho, va. -
A


    

4/19/2016

Fishawi, Jeddah

Pensant a Hannibal traversant les Alpes peut-etre Munich a Innsbruck, lisant PAW




In 1880, the bicycle, with its wildly mismatched wheels, was transforming human locomotion, at least among those wealthy enough to own one - and brave enough to ride it. At Princeton, a bicycle club had been formed the previous year, although, as The Princetonian observed, "the number of enthusiastic novices to be found about the campus, engaged alternately in mounting the vehicle and picking themselves up from the ground, is small."
This did not deter the borough
of Princeton from taking steps to ban the bicycle, inspired perhaps by New York, where, to quote the Times, "its speed and its knock-down powers compel City authorities to prohibit its use on ordinary thoroughfares." On Jan. 16, the ban provoked a satirical response from The Princetonian. "Bicycling contributes scarcely at all to the prosperity of commercial and industrial Princeton .... The narrow-minded vehicle consumes only a little oil. So it is apparent what a natural thing it would be for the city fathers to rise in righteous indignation at so selfish a sport, and, as
unfortunately happened to be in their power, suppress it."
By the spring, as the weather warmed and roads grew firm, criticism grew more pointed. On April 9, the ordinance's constitutionality was questioned. "There are several students in College now owning machines, who are very anxious to ride, and many others would speedily purchase bicycles if this stupid law was repealed .... Here then is an opportunity for the lawyers to once more come to
our aid, and by testing the ordinance
or having it repealed, confer a favor
on those who enjoy this exercise, and who wish to have it grow in favor as a College sport."
Perhaps the prospect oflegal action was enough to soften the borough's heart, for on April 21, the ban on bicycles was lifted, fostering a mode of transport that a few years later blossomed with the coming of the "safety bicycle" we know today .•
John S. Weeren is founding director of Princeton Writes and a former assistant University archivist.

Café de Flore, l'"anti-Daoudisme"

Cet article dans le Monde du Dimanche 21-Lundi 22 Fevrier avec l'article de Kamel Daoud se retirant du journalisme:
"Difficile d'imaginer que tu pourrais croire ce que tu as écrit" par ADAM SHATZ

L'artcle de Kamel Daoud, "Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l'avenir des miens," sera suivi par l'itroduction,par SERVICE DEBATS du journal, Le Monde, sur l'article de K Daoud le 21 février, et l'article d'Adam Shatz dans le New York Times et publié dans LeMonde:


   
à l'avenir des miens »
PAR KAMEL DAOUD
c
her ami, j'ai lu avec attention ta lettre, bien sûr. Elle m'a touché par sa générosité et sa lucidité.

Etrangement, ton propos est venu con­forter la décision que j'ai prise au cours des derniers jours. J'y ai surtout retenu l'expression de ton amitié tendre et complice malgré l'inquiétude. je vou­drais cependant répondre.

rai longtemps écrit avec le même es­prit qui ne s'encombre pas des avis d'autrui quand ils sont dominants. Cela m'a donné une liberté de ton, un style peut-être mais aussi une liberté qui était insolence et irresponsabilité ou audace. Ou même naïveté. Certains aimaient cela, d'autres ne pouvaient l'accepter. J'ai taquiné les radicalités et essayé de défendre ma liberté face aux clichés dont j'avais horreur.

J'ai essayé aussi de penser. Par l'article de presse ou la littérature. Pas seule­ment parce que je voulais réussir mais aussi parce que j'avais la terreur de vivre une vie sans sens. Le journalisme, en Al­gérie, durant les années dures m'avait assuré de vivre la métaphore de l'écrit,le mythe de l'expérience,

rai donc écrit souvent, trop, avec fu­reur, colère et amusement. J'ai dit ce que je pensais du sort de la femme dans mon pays, de la liberté, de la religion et d'autres grandes questions qui peuvent nous mener à la prise de consciente, à l'abdication ou à l'intégrisme, selon nos buts dans la vie. Sauf qu'aujourd'hui, avec le succès médiatique, j'ai fini par comprendre deux ou trois choses.

D'abord que nous vivons désormais une époque de sommations. Si on n'est pas d'un côté, on est de l'autre; le texte sur «Cologne» j'en avais écrit une par­tie, celle sur la femme, il y a des années. A l'époque, cela n'a fait réagir personne ou si peu. Aujourd'hui, les temps ont changé: des crispations poussent à in­terpréter et l'interprétation pousse au procès. J'avais écrit cet article et celui du New York Times début janvier; leur suc­cession dans le temps est donc un acci­dent et pas un acharnement de ma part. J'ai écrit poussé par la honte et la colère contre les miens et parce que je vis dans ce pays, dans cette terre. J'y ai dit ma pensée et mon analyse sur un aspect que l'on ne peut cacher sous prétexte de «charité culturelle».

je suis écrivain et je n'écris pas des thè­ses d'universitaire. C'est une émotion aussi. Que des universitaires pétition­nent contre moi aujourd'hui, à cause de ce texte, je trouve cela immoral: parce qu'ils ne vivent pas ma chair ni ma terre, et que je trouve illégitime sinon scandaleux que certains me pronon­cent coupable d'islamophobie depuis des capitales occidentales et leurs ter­rasses de café où règnent le confort et la sécurité. Le tout servi en forme de pro­cès stalinien et avec le préjugé du spé­cialiste: je sermonne un indigène parce que je parle mieux que lui des intérêts des autres indigènes et postdécolonisés. Cela m'est intolérable comme posture. je pense que cela reste immoral de m'of­frir en pâture à la haine locale sous le

verdict d'islamophobie qui sert aujourd'hui aussi d'inquisition. je pense que c'est honteux de m'accuser de cela en restant bien loin de mon quotidien et celui des miens.

L'islam est une belle religion selon l'homme qui la porte, mais j'aime que les religions soient un chemin vers un dieu et qu'y résonnent les pas d'un homme qui marche. Ces pétitionnaires embusqués ne mesurent pas la consé­quence de leurs actes sur la vie d'autrui.

Cher ami, j'ai compris aussi que l'épo­que est dure. Comme autrefois l'écrivain venu du froid, aujourd'hui l'écrivain venu du monde dit «arabe» est piégé, sommé, poussé dans le dos et repoussé. La surinterprétation le guette et les mé­dias le harcèlent pour conforter qui une vision, qui un rejet et un déni. Le sort de la femme est lié à mon avenir, à l'avenir des miens. Le désir est malade dans nos terres et le corps est encerclé. Cela, on ne peut pas le nier et je dois le dire et le dé­noncer. Mais je me retrouve soudaine­ment responsable de ce qui va être lu se­lon les terres et les airs. Dénoncer la thé­ocratie ambiante chez nous devient un argument d'islamophobe ailleurs.

Est-ce ma faute? En partie. Mais c'est aussi la faute de notre époque. C'est ce qui s'est passé pour la tribune sur « Colo­gne». je l'assume mais je me trouve dé­solé pour ce à quoi elle peut servir comme déni d'humanité de l'Autre. L'écrivain venu des terres d'Allah se trouve aujourd'hui au centre de sollici­tations médiatiques intolérables. je n'y peux rien mais je peux m'en soustraire: par la prudence, comme je l'ai cru, mais aussi par le silence comme je le choisis désormais.

je vais donc m'occuper de littérature et, en cela, tu as raison. J'arrête le journa­lisme sous peu. je vais aller écouter des arbres ou des cœurs. Lire. Restaurer en moi la confiance et la quiétude. Explo­rer. Non pas abdiquer, mais aller plus loin que le jeu de vagues et des médias. je me résous à creuser et non déclamer.

J'ai pour ma terre l'affection du désen­chanté. Un amour secret et fort. Une passion. J'aime les miens .et les cieux que j'essaye de déchiffrer dans les livres et avec l'œil la nuit. je rêve de puissance, de souveraineté pour les miens, de cons­cience et de partage. Cela me déçoit de ne pas vivre ce rêve. Cela me met en co­lère ou me pousse au châtiment amou­reux. je ne hais pas les miens, ni l'homme en l'autre. je n'insulte pas les raisons d'autrui. Mais j'exerce mon droit d'être libre. Ce droit a été mal interprété, sollicité, malmené ou jugé. Aujourd'hui, je veux aussi la liberté de faire autre chose. Mille excuses si j'ai déçu, un mo­ment, ton amitié cher Adam.

Et si je rends publique cette lettre aujourd'hui, c'est parce qu'elle s'adresse aux gens affectueux de bonne foi comme toi.Et surtout à toi. •
Created by Readiris, Copyright IRIS 2009
Created by Readiris, Copyright IRIS 2009
écrivain est lauréat du prix
du premier roman Meursoult
" (Actes Sud, 2014)C

                article de Adam Shatz, que nous publions ci-con­tre. Les deux hommes échangent sur le débat suscité par deux récentes tribunes de fantas­mes », est parue dans Le Monde le 5 février, après avoir été diffusée par le quotidien ita­lien Là'Re.e.ubblica et le magazine suisse L'Hebdo. Le second article a été publié dans le New York Times du 14 février.
Ces deux textes portaient sur les agres­sions sexuelles de masse commises la nuit du 31 décembre à Cologne, dont les auteurs présumés seraient des migrants. Kamel Daoud soulignait ainsi dans Le Monde les «fantasmes " que révèle le débat sur la nuit de Cologne. Il s arrêtait tout d'abord aux réactions occidentales. ou deux lectures s'af-
__ ~,l'une tentée par l'angélisme. l'autre par la diabolisation. Kamel Daoud renvoie dos à dos la gauche et la droite (ainsi que l'ex­trême droite), qui refusent, selon lui, de pen­ser pleinement les événements. Contre ces idées préconçues, il demande que l'accueil ne soit pas seulement une procédure admi­nistrative, mais soit complété par une dé­marche d'accompagnement culturel. quitte « à partager, à imposer, à défendre, à faire comprendre» des valeurs, afin d'aider les mi­grants à sadapter a un nouvel espace où les femmes ne sont pas déconsidérées, comme elles le sont dans le monde arabo-musul­man. Car Cologne est le triste rappel du fait que la femme y est « niée, refusée, tuée, voi­lée, enfermée ou possédée », «Le sexe est la plus grande misère dans le "monde diUlah': A tel point qu'il a donné naissance à ce porno­islamisme dontfont discours les prêcheurs is­lamistes pour recruter leurs "fidèles", descrip­tions d'un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux,fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burqa. »

SILENCE MÉDIATIQUE
Il a poussé plus loin cette réflexion dans le New York Times. Il y affirmait: «Aujourd'hui, avec les derniers flux d'immigrés du Moyen­Orient et dilfrique, le rapport pathologique que certains pays du monde arabe entretien­nent avec la femme fait irruption en Europe. Ce qui avait été le spectacle dépaysant de ter­res lointaines prend les allures d'une confron­tation culturelle sur le sol même de l'Occi­dent. Une différence autrefois désamorcée par la distance et une impression de supério­rité est devenue une menace immédiate. Le grand public en Occident découvre, dans la . peuret l'agitation, que dans le monde musul­man le sexe est malade. »
Le 12 février, un collectif de chercheurs lui répondait dans les colonnes du Monde. Ils l'accusaient d' « alimenter les fantasmes is­lamophobes d'une partie croissante du pu­blic européen ». Il réduirait également « un espace regroupant plus d'un milliard d'ha­bitants et s'étendant sur plusieurs milliers de kilomètres à une entité homogène, définie par son seul rapport à la religion ». Kamel Daoud aurait en outre le tort de présenter les réfugiés comme « culturellement ina­daptés et psychologiquement déviants », ils devraient « avant toute chose être réédu­qués ». Ce « paternalisme colonial» permet­trait de « conditionner l'accueil de personnes quifuient la guerre et la dévastation ».
Dans une tout autre affaire, un imam sala­fiste, Abdelfattah Hamadache Zeraoui; a pro­noncé une fatwa à son encontre le 16 décem­bre2014, appelant il son « exécution»,
L'écrivain fait aujourd'hui le choix du si lence médiatique, près de vingt ans après
~::nT{"\ir{'('nYll'YlÇlnr,:l. 2a tÇ!.nÎrilT\ç. rhrr.nlnllÇ/. rI':lT\C

PAR ADAM SHATZ
Cher Kamel, il y a quelques jours, une amie tunisienne m'a envoyé une tribune parue dans Le Monde. Ce texte portait la signature de plusieurs universitaires que je connais. Des universi¬taires un peu bien-pensants, c'est vrai, mais, quand même, des gens qui ne sont pas tes adversaires - qui ne devraient pas être tes adversai¬res. Le ton de la lettre m'a dérangé. Je n'aimais pas le style de dénoncia¬tion publique, un style qui me rap¬pelait un peu le style gauche-sovié¬tique-puritain. Et tu dois savoir qu'en tant qu'ami je ne signerai pas de telle lettre contre toi, bien que je ne partage pas du tout les opinions que tu as exprimées dans cet article, et par la suite, même plus féroce¬ment encore, me semble-t-il, dans la tribune du New York Times.
Pour moi, c'est très difficile d'ima¬giner que tu pourrais vraiment croire ce que tu as écrit. Ce n'était pas le Kamel Daoud que je connais et dont j'ai fait le portrait dans un long article. Nous avons beaucoup parlé des problèmes de sexe dans le monde arabo-musulman quand j'étais à Oran. Mais nous avons aussi parlé des ambiguïtés de la « culture » (mot que je n'aime pas) ; par exem¬ple, le fait que les femmes voilées sont parfois parmi les plus émanci¬pées sexuellement. Dans tes écrits récents, c'est comme si toute l'ambi¬guïté dont nous avons tant discuté, et que, plus que personne, tu pour¬rais analyser dans toute sa nuance, a disparu. Tu l'as fait de plus dans des publications lues par des lecteurs oc¬cidentaux qui peuvent trouver dans ce que tu écris la confirmation de préjugés et d'idées fixes.
«TOMBER DANS DES PIÈGES»

Je ne dis pas que tu l'as fait exprès, ou même que tu joues le jeu des « im¬périalistes ». Non, je ne t'accuse de rien. Sauf de ne pas y penser, et de tomber dans des pièges étranges et peut-être dangereux. Je pense ici surtout à l'idée selon laquelle il y aurait un rapport direct entre les événements de Cologne et l'isla¬misme, voire 1'« islam » tout court.
Je te rappelle qu'on a vu, il y a quel¬ques années, des événements simi¬laires, certes pas de la même am¬pleur, mais quand même, lors de la parade du Puerto Rican Day à New York. Les Portoricains qui ont alors molesté des femmes dans la rue n'étaient pas sous l'influence de l'islam mais de l'alcool...
Sans preuve que l'islam agissait sur les esprits de ces hommes à Co¬logne, il me semble curieux de faire. de telles propositions, et de suggé¬rer que cette « maladie » menace l'Europe ... Dans son livre La Maladie comme métaphore (Christian Bour¬gois, 2005), un ouvrage devenu un classique, Susan Sontag démontre que l'idée de « maladie » a une his-


toire pas très reluisante, souvent
liée au fascisme. Les juifs, comme tu r le sais, étaient considérés comme
une espèce de maladie; et les antisé¬mites d'Europe, au XIXe siècle, à l'époque de l'émancipation, se sont montrés très préoccupés des coutu- ". mes sexuelles des juifs et de la do-. '" mination des hommes juifs sur les
femmes ... Les échos de cette obses- ••
sion me mettent mal à l'aise.

Je ne dis pas qu'il ne faut pas parler de la question sexuelle dans le monde arabo-musulman. Bien sûr que non. Il y a beaucoup d'écrivains qui en ont parlé d'une façon révéla¬trice (la sociologue marocaine Fa¬tima Mernissi, le poète syrien Ado¬nis, même, quoiqu'un peu hystéri¬quement, le poète algérien Rachid Boudjedra) et je sais de nos conver¬sations, et de ton roman magistral, que tu as tout le talent nécessaire pour aborder ce sujet. Il n'y a pas beaucoup de personnes qui peu¬vent en parler avec une telle acuité. Mais après avoir réfléchi, et dans une forme qui va au-delà de la pro¬vocation et des clichés.

Après avoir lu ta tribune, j'ai dé¬jeuné avec une auteure égyptienne, une amie que tu aimerais bien, et elle me disait que ses jeunes amis au Caire sont tous bisexuels. C'est quelque chose de discret, bien sûr, mais ils vivent leur vie; ils trouvent leurs orgasmes, même avant le ma¬riage, ils sont créatifs, ils inventent une nouvelle vie pour eux-mêmes, et, qui sait, pour l'avenir de l'Egypte.

Il n'y a pas d'espace pour cette réa¬lité dans les articles que tu as pu¬bliés. Il n'y a que la « misère » - et la menace que représentent ces misé¬rables qui sont actuellement réfu¬giés en Europe. Comme les juifs le disent pour leur Pâque (et ce que les Israéliens oublient en Palestine) : il faut toujours se souvenir que l'on a été étranger dans la terre d'Egypte.

Kamel, tu es tellement brillant, et tu es tendre, aussi, ça, je le sais. C'est à toi, et à toi seul, de décider comment tu veux t'engager dans la politique, mais je veux que tu sa¬ches que je m'inquiète pour toi, et que j'espère que tu réfléchiras bien à tes positions ... et que tu retourneras au mode d'expression qui. à mon avis, est ton meilleur genre: la litté¬rature.

J'espère que tu comprendras que je t'écris avec le sentiment de la plus profonde amitié.

Adam Shatz est un essayiste
et journaiiste américain. Il contribue
la London Reviev« of Books.
En il un long
portrait de Kamel Daoud dans le" New York




4/16/2016

McNamara Terminal Ground Opps Coffee Machine

This is a somewhat political note, but cultural at the same time.
En revenant de l'Allemagne, ou les migrants bien recu, j'ai eu ce sentiment.  "C'est horrible que les arabes ont recu un tellement bein lavage de la tete par les medias occidenteaux, qu'ils ont transforme leur meurs en arriere, vers les pires habitudes des incultes payennes qui existait en Europe avant la transmission des moeurs civilizes des orients (nettoyage avec savon, parfun, se bien laver apres les toilettes, proprete du sol et de l'environnement).  On pourrais meme voir que le message de l'islam, selaver 5 fois, enlever ses chaussures quand on entre dans un endroit propre, etait un cri de garder l'esprit de proprete de l'empire romain, avec ses "hammams."  C'etait ces arabes, avec les da'is - marchands fatimite (shiite) qui ont ramenee de l'Azhar (qui etait fonde pour etre un universite de da'i de femmes!) les coutumes, et les sciences.
Mainteanant le message du prophete et est corrompu, on a mal compris au sujet du la proprete..."


4/08/2016

Cafe de Flore, Paris Cafe Ethiopien et dattes Mazafati de Bam, Iran

Rien de mieux que les dattes fraiches Bio importes d'Iran, maintenant que les sanctions contre l'Iran sont un peu moins durs.
Nothing better that the fresh organic dates from Iran, now that the sanctions against Iran are a little less severe.
ما احسن من رتب الايران، مادام العقوبات ضد الايران اصبحت اقل شديدا باقليل





Ronde, charnue, fondante, gorgée de douceur et d’énergie, cette variété ne se trouve qu'a Bam.
Le palmier lui-même est différent des autres espèces.  Il pousse a 1200 m d'altitude sur le haut plateau iranien.

3/06/2016

Cafe de Flore -gallantrie-Charlie Hebdo soutien Kamel Daoud

Editorial de Riss, Charlie Hebdo 1231 245 fevrier 2016
L'ÉDITO PAR RISS
CELUI QUI CROYAIT AU LOGICIEL CELUI QUI N'Y CROYAIT PAS
es petits cons qui ont massacré, le 13 novembre 2015 à Paris, ne l'étaient pas tant que ça. Les services de police n'ont toujours pas réussi à décrypter leurs messages codés.

Comment des petites frappes terroristes qui quelques heures après leurs crimes cherchaient des planques, parfois sur des talus d'autoroutes, pouvaient en même temps disposer de technologies si sophistiquées au point de mettre en échec les logiciels hyper¬puissants de décodage des services secrets occidentaux? Ils avaient crypté leurs mails plus efficacement que les Allemands pendant la guerre, dont les messages codés par la fameuse machine Enigma furent pourtant déchiffrés par les Alliés. Les tueurs du 13 novembre 2015 étaient visiblement mieux équipés que la Wehrmacht!
Dans le même temps, un tribunal administratif décide d'abais¬ser à 16 ans l'interdiction du film Salafistes. D'un côté, les isla¬mistes nous cachent efficacement leurs plans avec des codes, de l'autre, on interdit aux futures cibles de regarder ce qu'ils risquent peut-être un jour de subir. On refuse de regarder ces images abo¬minables parce qu'elles sont en réalité banales. Des djihadistes en 4 x 4 rattrapent une voiture et mitraillent ses passagers. La voiture part dans le fossé, c'est fini. Tous morts. Un djihadiste croise un passant dans la rue puis, soudain, sort un pistolet et lui tire une balle dans la tête. C'est fini. Aussi simple que ça. On croit que les tueurs ont dans la tête des plans pour nous zigouiller, aussi difficiles à déchiffrer que leurs messages codés. Mais non. Leur conception du monde ne nécessite pas un ordinateur capable de faire 2 milliards d'opérations à la seconde pour être comprise. Elle se résume à un logiciel de quatre lettres : Dieu. Ces meurtres gratuits d'innocents filmés dans la rue, montrés dans Salafistes, témoignent de leur foi granitique en Dieu qu'ils croient à leurs
côtés. Tuer avec une telle décontraction renforce leur foi. Quand on a tué, on
ne peut plus revenir en arrière. Je tue parce que j'ai la foi. Je tue, donc je crois. Foi et meurtre se nourrissent récipro¬quement dans une relation quasi inces¬tueuse.
Dieu a un avantage: c'est.~~i¬cation facile à télécharger sur votre iPhone, gratuite et qui n'a pas besoin
d'être cryptée. Pourquoi mise-t-on à ce point sur la technologie, sur des ordinateurs surpuissants, pour nous révéler les intentions des tueurs, et nous protéger de leurs plans criminels mystiques? Parce qu'il ne reste plus que ça. Parce que les inteliectuels ont renoncé à contester Dieu, parce que les journalistes fuient dès que son nom est invoqué. Parce que les seules armes pour combattre ce fanatisme religieux, à savoir la rai¬son et l'esprit critique, ont été abandonnées en rase campagne, par lâcheté et par défaitisme. Alors on se tourne vers la technologie en espérant qu'elle réparera les conséquences de notre inconsé¬quence. Mais non, les ordinateurs et les logiciels de décryptage ne nous protégeront pas de cette violence et ne rendront pas le terrain concédé à la religion par les intellectuels.
Un quotidien national nous offre le portrait d'un théologien et imam de 37 ans, présenté comme un croyant réformiste. On apprend que, dès l'âge de 3 ans, il est entré dans une école cora¬nique. Trois ans! D'habitude, quand on fait entrer un gosse de
3 ans dans une secte pour lui faire réciter des phrases sacrées à longueur de journée, on appelle la police. Ici, pas un bruissement d'indignation. Rien. Tout cela est devenu normal. Plus aucun mot pour contester tout ce qui, de près ou de loin, concerne Dieu. La presse s'excite contre l'état d'urgence, contre la police qui n'a pas déjoué les attentats et, en même temps, elle publie des portraits complaisants de mystiques au cerveau lessivé depuis l'âge de 3 ans. Et qu'on ose nous présenter comme réformiste! C'est quoi, être réformiste en 2016 ? Inscrire des gamins dans une école coranique à 4 ans et demi au lieu de 3 ans? Pendant que des journalistes s'émerveillent devant un type formaté depuis l'âge de 3 ans par une école religieuse, l'écrivain algérien Kamel Daoud annonce dans Le Monde qu'il renonce au débat public après avoir été accusé d'islarno¬phobie par des universitaires. Son tort, avoir écrit un texte sur «la misère sexuelle du monde arabe» après les violences de Cologne. Le terrorisme utilise toutes les armes possibles, des bombes, des fusils d'assaut, des messages cryptés, mais aussi l'intimidation. la marginalisation des écrivains et des intellectuels qui essayent de penser autrement. Ces accusations n'ont rien à voir avec un débat d'idées: elles font partie de l'arsenal du terrorisme. Quand cette guerre contre fislamisme sera terminée, il faudra faire les comptes de toutes les lâchetés, les complaisances, les trahisons des intellos et des journalistes qui auront tout fait pour intimider et faire taire les voix contestataires. Et pour cela, il faudra un ordinateur bien plus gros que celui utilisé pour décoder les messages des tueurs de 2015 .•
Les intellectuels
ont renoncé à
contester Dieu, les journalistes fuient dès que son
nom est invoqué.

2/06/2016

Shati' Tea and Falafel Shop, Gaza Idée de Nallino

préface?

Voila copie colle une numerisation OCR par mon IRIS pro Middle East de Philippe-Jean Catinchi sur la vie d'Umberto dans le Monde du 21-22 fevrier.


Umberto Eco


ilosoph
"

hilosophe, écrivain et es¬sayiste, Umberto Eco est mort à 84ans, vendredi soir 19 février, à son do¬
micile, à Milan, des suites d'un cancer, a confirmé sa famille au quotidien italien La Repubblica.

Pionnier de la sémiotique - la science des signes - et théoricien du langage (notamment de la ré¬ception), ce qui court en filigrane tout au long de son.œuvre roma¬nesque, auteur de nombreux es¬sais sur l'esthétique et les médias, il a écrit tardivement son premier roman, qui connaît un succès considérable, Le Nom de la rose, paru en 1980 chez Pabbri-Bom¬pian, puis e1l1982, chez Grasset. Cette enquête policière au sein d'une communauté religieuse au XIVe siècle, traduite en une qua¬rantaine de langues et adaptée au cinéma, lui assura une notoriété quasi universelle.

Né dans le Piémont, à Alessan¬dria, le 5 janvier tojz, au sein d'une famille de la petite bour¬geoisie - son grand-père est un enfant trouvé et son père, aîné de 13 enfants, est le premier à passer du monde des prolétaires à celui des employés -, Umberto Eco grandit sur fond de guerre et de maquis (<
Mais Eco n'en reste pas à l'étude théorique. Dès 1955, il est assis¬tant à la télévision et travaille sur les programmes culturels de la chaîne publique italienne, la RAI. Tandis qu'il se lie d'amitié avec le musicien Luciano Berio, il intègre la Neoavanguardia qui, bien que «de gauche », rejette la littérature « engagée» ; ainsi, Eco collabore, à partir de 1956, aux revues Il Verri et Rivista di estetica.

Il dirige, en 1960, une collection d'essais philosophiques pour l'éditeur milanais Bompiani, et prolonge l'aventure collective, en participant, en 1963, avec de jeu¬nes intellectuels et artistes de sa génération, tels Nanni Balestrini
••
zn
Si la curiosité et le champ d'investigation d'Eco connaissent peu de limites, la constante de son analyse reste la volonté de « voir du sens là où on serait tenté de ne voir que des faits»
crit dans le sillage de Joyce, Pound, Borges, Gadda - autant d'auteurs essentiels pour Umberto Eco. Avant l'austère mensuel Quindici, lancé en juin 1967, futur creuset des mouvements de 1968, la même équipe lance une revue de culture contemporaine - art.litté¬rature, architecture, musique - Marcatré (1963-1970), tandis que le jeune penseur, attiré par le jour¬nalisme, commence une collabo¬ration durable avec la presse (The Times Literary Supplement, dès 1963 et EEspresso, dès 1965).

Mais il n'abandonne pas l'ensei¬gnement: de 1966 à 1970, il exerce successivement à la faculté d'ar¬chitecture de Florence et à celle de Milan et intervient aussi à l'uni¬versité de Sao Paulo (1966), à la New York University (1969) et à Buenos Aires (1970).
Esthétique de l'interprétation
En 1971, l'année même où il fonde Versus, revue internationale des études sémiotiques, Eco enseigne cette science à la faculté de lettres et de philosophie de Bologne, où il obtient la chaire de la discipline, en 1975. Pour Eco, cette science ex¬périmentale inaugurée par Ro¬land Barthes est, plus qu'une mé¬thode, une articulation entre ré¬flexion et pratique littéraire, cul¬tures savante et populaire. Il le prouve magistralement, lors de sa leçon au Collège de France, dont il a été le titulaire de la chaire euro¬péenne en 1992 (<Ses premières expériences à la télévision italienne ont très tôt fa¬miliarisé Umberto Eco à la com¬munication de masse et aux nou¬velles formes d'expression, comme les séries télévisées ou le monde des variétés. Il y découvre le kitsch et les vedettes du petit écran. Autant d'aspects de la cul¬ture populaire qu'il aborde dans Apocalittici e Integrati (Bompiani,

. 1964), La Guerre du faux, recueil publié en France, en 1985, chez Grasset, à partir d'articles écrits entre 1973 et 1983, etDe Superman au surhomme (1976-1993).

Dans Apocalittici e Integrati, no¬tamment, il distingue, dans la ré¬ception des médias, une attitude «apocalyptique », tenant d'une vision élitaire et nostalgique de la culture, et une autre, «intégrée », qui privilégie le libre accès aux produits culturels, sans s'interro¬ger sur leur mode de production. A partir de là, Eco plaide pour un engagement critique à l'égard des médias. Ensuite, ses recherches l'amèneront à se pencher sur les genres considérés comme mi¬neurs - tels le roman policier ou le roman-feuilleton, dont il analyse les procédés et les structures -, mais également sur certains phé¬nomènes propres à la civilisation contemporaine, comme le foot¬ball, le vedettariat, la publicité, la mode ou 'le terrorisme. D'où son active participation aux débats de la cité, qu'elle soit à l'échelle locale ou à l'échelle planétaire ...

Si la curiosité et le champ d'in¬vestigation d'Umberto Eco con¬naissent peu de limites, la cons¬tante de son analyse reste la vo¬lonté de « voir du sens là où on se¬rait tenté de ne voir que desfaits ». C'est dans cette optique qu'il a cherché à élaborer une sémioti¬que générale, exposée, entre autres, dans La Structure absente (Mercure de France, 1972), Le Si¬gne, histoire et analyse d'un con¬cept (Editions Labor, 1988), plus encore dans son Traité de sémio¬tique générale (Bompiani, 1975). Ainsi contribue-t-il au dévelop¬pement d'une esthétique de l'in¬terprétation.

Il se préoccupe de la définition de l'art, qu'il tente de formuler dès L'Œuvre ouverte (Seuil, 1965), où il pose les jalons de sa théorie, en montrant, au travers d'une sé¬rie d'articles qui portent notam¬ment sur la littérature et la musi-
P

mesure où plusieurs signifiés co¬habitent au sein d'un seul signi¬fiant. Le texte n'est donc pas un objet fini, mais, au contraire, un objet «ouvert» que le lecteur ne peut se contenter de recevoir pas¬sivement et qui implique, de sa part, un travail d'invention et d'interprétation. L'idée-force d'Umberto Eco, reprise et déve¬loppée dans Lector in fabula (Grasset, 1985), est que le texte, parce qu'il ne dit pas tout, re¬quiert la coopération du lecteur.
Aussi le sémiologue élabore-t-il la notion de «lecteur modèle », lecteur idéal qui répond à des nor¬mes prévues par l'auteur et qui non seulement présente les com¬pétences requises pour saisir ses intentions, mais sait aussi «inter¬préter les non-dits du texte». Le texte se présente comme un champ interactif. où l'écrit, par as¬sociation sémantique, stimule le lecteur, dont la coopération fait partie intégrante de la stratégie mise en oeuvre par l'auteur.
Un succès phénoménal
Dans Les Limites de l'interpréta¬tion (Grasset, 1992), Umberto Eco s'arrête encore une fois sur cette relation entre l'auteur et son lec¬teur. Il s'interroge sur la défini¬tion de l'interprétation et sur sa possibilité même. Si un texte peut supporter tous les sens, il dit tout et n'importe quoi. Pour que l'interprétation soit possible, il faut lui trouver des limites, puis¬que celle-là doit être finie pour pouvoir produire du sens. Um¬berto Eco s'intéresse là aux appli¬cations des systèmes critiques et aux risques de mise à plat du texte, inhérents à toute démarche interprétative. Dans La Recherche de la langue parfaite dans la cul¬ture européenne (Seuil, 1993), il étudie ainsi les projets fonda-

u e e
teurs qui ont anim"l la' quMe d'une langue idéale. Une langue universelle qui n'est pas une lan¬gue à part, langue originelle et utopique ou langue artificielle, mais une langue idéalement constituée de toutes les langues.
Professeur, chroniqueur et cher¬cheur, Eco a, tout au long de sa car¬rière, repris en recueil nombre de ses conférences et contributions, des plus humoristiques (Pastiches et postiches, chez Messidor, en 1988; Comment voyager avec un saumon, chez Grasset, en 1998) aux plus polémiques (Croire en quoi ?, chez Rivages, en 1998, Cinq questions de morale, chez Grasset, en 2000). Mais aussi. retrouvant le pari qu'il avait relevé pour Born¬piani à la fin des années 1950 en réalisant une somme illustrée, La Grande histoire des inventions. il s'est essayé tardivement à des synthèses personnelles: Histoire de la beauté (Seuil, 2004), Histoire de la laideur (Flammarion, 2007) ou Histoire des lieux de légende (Flammarion, 2013), en marge d'un saisissant Vertige de la liste (Flammarion. 2009), dont le ton croise le savoir de l'érudit et la li¬berté de l'écrivain, car Umberto Eco est également romancier.
Ses oeuvres de fiction sont. d'une certaine façon, l'applica¬tion des théories avancées dans L'Œuvre ouverte DU Lector in fa¬bula. Ses deux premiers romans, Le Nom de la rose (1980) et Le Pen¬dule de Foucault (Grasset, 1990), qui rencontrent, contre toute at¬tente, un succès phénoménal, se présentent comme des romans où se mêlent ésotérisme, humour et enquête policière.
A chaque page, l'érudition et la sagacité du lecteur sont sollicitées par une énigme. une allusion, un pastiche ou une citation. Le pre¬mier roman, situé en 1327. en un


temps troublé de crise politique et religieuse, d'hérésie et traque inquisitoriale, se déroule dans une abbaye où un moine francis¬cain, préfiguration de Sherlock Holmes, tente d'élucider une sé¬rie de crimes obscurs.
A partir de là, trois lectures sont possibles, selon qu'on se pas¬sionne pour l'intrigue, qu'on suive le débat d'idées ou qu'on s'attache à la dimension allégorique, qui présente, à travers le jeu multiple des citations, « un livre fait de li¬vres ». L'Umberto Eco lecteur de Borges et de Thomas di\quin est, plus que jamais, présent dans ce roman, qui a connu un succès mondial et a été adapté au cinéma par Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle princi¬pal. Le Pendule de Foucault mêle histoire et actualité à travers une investigation menée sur plusieurs siècles, de l'ordre du Temple au sein des sectes ésotériques.
Echappée intime, exceptionnelle Troisième jeu romanesque, L'Île du jour d'avant (Le Livre de Poche, 1996) est une évocation de la pe¬tite noblesse terrienne italienne du XVIIe siècle. Le récit d'une édu¬cation sentimentale, mais égale¬ment, à travers une description de l'identité piémontaise, un roman nostalgique et en partie autobio¬graphique: l'auteur se penche sur ses propres racines, comme il le fait plus tard dans son livre le plus personnel, La Mystérieuse Flamme de la reine Loana (Gras¬set, 2005), sorte d'autoportrait dé¬guisé en manteau di\rlequin co¬loré d'images illustrées de l'en¬fance. Amnésique à la recherche de son passé, Yambo, double d'Eco, reconstruit son identité, en s'appuyant sur ses lectures de jeu¬nesse des années 1930, quand les romans d'aventures français et les
bandes dessinées américaines concurrençaient la propagande fasciste. Cette échappée intime, exceptionnelle chez un homme dont la pudeur est la règle, est sans exemple.
De Baudolino (Grasset, 2002), éblouissante chronique du temps de Frédéric Barberousse tenu par un falsificateur de génie, à Nu¬méro Zéro (Grasset, 2015), fable aussi noire que féroce qui épingle la faillite contemporaine de l'in¬formation, en passant par Le Ci¬metière de Prague (Grasset, 20U), où le thème du complot, si pré¬sent dans l'œuvre, est au cœur d'une fiction glaçante, Eco renoue avec une envergure plus large, des interrogations plus éthiques où l'érudition et la malice le dispu¬tent au jeu, sur le vrai et le faux, la forme aussi, puisque l'écrivain se plaît à croiser les registres et mul¬tiplier les défis.
Eco est un de ces noms donnés aux enfants sans identité, acro¬nyme latin qui convoque la pro¬vidence (ex coelis oblatus, don des cieux, en quelque sorte). Il fallait au moins ce clin d'œil pour le plus facétieux des érudits, le plus lettré des rêveurs. S'il paro¬diait Dante, à 12 ans, quand il se voulait conducteur de tramway, Umberto Eco désarme toujours autant les commentateurs. Phi¬losophe destiné à intégrer la vé¬nérable et très sélective Library of Living Philosophers, il semble toutefois promis à une postérité de romancier. Sorte de Jean Pic .de la Mirandole converti à l'Oulipo, celui que le médiéviste Jacques Le Goff, qui a conseillé le cinéaste du Nom de la rose, appe¬lait « le grand alchimiste» est au moins, à coup sûr, l'idéal du pen¬seur pluriel, de l'obsédé textuel, du lecteur amoureux. _
PHILIPPE-JEAN CATINCHI